Librairie Pierre Saunier

Raisins bleus et grisRaisins bleus et gris

Dauphin (Léopold).
Raisins bleus et gris. Avant dire de Stéphane Mallarmé.

Paris, Léon Vanier, 1897 ; in-12, broché. 1 f., 108 pp., 1 f. blanc.

750 euros.

Édition originale du premier livre de l’auteur. Un des 12 exemplaires numérotés sur Hollande, seul tirage de tête avec 8 Japon.

Musicien, compositeur et poète, Léopold Dauphin est un ami intime de Mallarmé. Ils se rencontrent en 1874 chez le graveur Prunaire qui occupe, à Valvins, entre la forêt de Fontainebleau et la Seine, la maison du peintre Émile Bayard. Aux beaux jours, l’aquafortiste accueille ses amis parisiens, peintres ou poètes, qui viennent planter leur chevalet ou profiter des charmes du lieu. Outre Léopold Dauphin, Philippe Burty, Léon Dierx – qui vient surtout pour peindre – Chevin, Toussenel ou Gustave Mathieu sont les plus assidus. Séduits par l’endroit, les Mallarmé y louent une petite maison, pour les vacances et le repos, à quelque distance de la maison où les Dauphin passent leurs étés. Voisin élu d’une douzaine de saisons valvinoises, le musicien deviendra le compagnon de rêverie, délicieux et fidèle, du poète – son Vacquerie des bois… Ensemble ils parcourent la région, ou s’adonnent à la navigation à bord du « S.M. », la fluide yole à jamais littéraire immortalisée par Paul Valéry.

Au cours de causeries forestières, champêtres ou fluviales, Mallarmé, avec une affectueuse indulgence, répond aux sollicitations de son ami, de six ans son cadet. Il aiguille sa pensée littéraire, conseille des lectures ou, lors d’entretiens poématiques (mot de Banville), lui délivre de précieux enseignements – ainsi encourage-t-il en lui une veine poétique qui va de pair avec son talent musical. A partir de 1886 et jusqu’en 1896, Dauphin égrène dans le Chat Noir des centaines de poésies, toutes courtes, légères, insouciantes et signées du pimpant pseudonyme de Pimpinelli – avec l’appui de Mallarmé, les meilleures d’entres-elles sont réunies dans les Raisins bleus et gris. Léopold Dauphin, dont le nom ou celui des siens apparaît dans plusieurs des quatrains des Vers de circonstance, fréquente aussi les mardis de la rue de Rome et reçoit également bien du monde dans son appartement du boulevard Rochechouart.

Né et mort à Béziers, 1848-1925, il fut également très lié avec Paul Arène, son compatriote méridional. Il a publié de précieux souvenirs, en 1912, dans ses Regards en arrière, repris et présentés par Carl Paul Barbier dans le tome IV des Documents Stéphane Mallarmé (Nizet, 1973), volume qui contient également de nombreuses lettres échangées entre Mallarmé et Léopold Dauphin, certaines relatives à l’édition des Raisins.

La belle couverture illustrée (légèrement frottée) et les ornementations fleuries sont de Madeleine et Jane Dauphin, deux des trois filles du poète. Madeleine, dite Manitou, épousera le poète Franc-Nohain et continuera d’illustrer avec talent de charmants ouvrages sous ce nom.