Librairie Pierre Saunier

Cantilènes en geléeCantilènes en gelée Cantilènes en geléeCantilènes en gelée Cantilènes en geléeCantilènes en gelée Cantilènes en geléeCantilènes en gelée

Vian (Boris).
Cantilènes en gelée. Illustré par Christiane Alanore.

Limoges, Rougerie, 1949 ; in-4, bradel souple, dos en maroquin noir, plat de papier fantaisie noir, garde noires, non rogné, couverture (AlidorGoy). 21 ff. n. ch., 6 illustrations (5 + la couverture).

2 800 euros.

Édition originale tirée à 200 exemplaires.

Bel envoi a. s. : Pour mon petit camarade Jean Berdin, avec une sympathie extra-souingue et en perpétuel renouvellement. Boris Vian.

Jean Berdin, batteur de jazz germanopratin – les initiés l’appellent Berdindin pour imiter le bruit des baguettes sur la caisse claire – est un bon copain de Boris Vian, même un très bon. Vian qui égrène des chroniques dans Jazz-Hot, lui a brossé sa binette dans le numéro 31 (mars 1949) :

à l’âge de huit ans (1937), il écoutait Philippe Brun à la radio, mais un vice secret l’inclinait à apprécier également Peter Kreuder et Émile Carrara (ce qui est un comble). Vers 14 ans, un ami le remit dans le droit chemin. Il découvrit Armstrong, Ellington et commença, plein d’outrecuidance, à taper sur des peaux de location. (…) En 45 (Pentecôte), il entre chez Bolling avec qui il joue au Kangou et au Lucky, fait quelques remplacements chez Abadie en 46-47. Il connaît alors Hubert Fol en qui il voit le premier musicien français. Et c’est pour l’entendre qu’il vient, le 7 juin 48, jouer dans la formation du dénommé Vian (Boris), personnage fielleux et obscur qui vit dans les caves et se promène dans la vie en semant sur son passage des enfants de la luxure. Il reste trois mois au Club Saint-Germain-des-Prés, puisqu’il faut le nommer (…) Berdindin est un excellent batteur. Peut-être tape-t-il un peu fort, mais ça chauffe. Il adore le « New Sound » presque autant que l’athlétisme qu’il abandonna pour raison de santé, passe sa vie à Édouard-VII, révère Lester Young, Parker, Gillespie, Garner, Roach, Kenny Clarke… et Duke Ellington, aux trousses de qui il se colla durant le séjour de Duke à Paris. Et puis, il a des cravates sensationnelles.

On a sorti cet enfant de la luxure du Tabou, le dos n’a pas resisté à la frappe de Berdindin (tape vraiment fort) qui a gribouillé sur la couverture (joliment abîmée) la frimousse de la vendeuse d’allumettes du select club.

On va jouer la reliure Monk’Dream sur le piano à bradel de Polydor Goy ; si c’est moche, on fera juste empailler la dédicace – elles sont rares.