Librairie Pierre Saunier

Le Grand MeaulnesLe Grand Meaulnes Le Grand MeaulnesLe Grand Meaulnes Le Grand MeaulnesLe Grand Meaulnes

Alain-Fournier (H.).
Le Grand Meaulnes.

Paris, Émile-Paul frères, s.d. ; in-12, demi-veau lie de vin, dos à nerfs, filets à froid, tranches jaspées, couverture (reliure d'époque). 366 pp.

16 000 euros.

Édition originale. Un des exemplaires tirés spécialement pour l’auteur sur vélin numéroté.

Envoi a. s. : A Jacques Copeau, affectueusement. H. Alain-Fournier.

Depuis 1909, grâce à Jacques Rivière, Copeau est devenu un des amis fidèles d’Alain-Fournier. Fondateur de la N.R.F. avec Gide, Ruyters, Schlumberger, Ghéon et Drouhin, Copeau est le grand réformateur du Théâtre du XXème siècle. Son appel à la jeunesse, aux gens lettrés et à tous pour une rénovation dramatique du printemps 1913 est resté fameux et fut à l’origine du Théâtre du Vieux Colombier qu’il fonda à l’automne suivant et dirigea jusqu’en 1924.

On sait moins qu’il fut le premier éditeur du Grand Meaulnes.

En avril 1913, Alain-Fournier est en quête d’un éditeur pour son œuvre et cherche en même temps à la placer en revue. Six mois plus tôt, Henri Massis, secrétaire de L’Opinion dont le supplément donne en feuilletons des romans, lui a fait une offre orale de deux mille francs et a obtenu de l’écrivain, en novembre 1912, l’un des deux seuls textes corrigés du Grand Meaulnes. En février 1913, Massis lui adresse une simple demande de publication mais sans s’engager plus avant. Parallèlement, Madame Simone, l’actrice qui vient de succéder à Sarah Bernhardt dans le rôle de l’Aiglon – née Benda, elle est l’épouse de Claude Casimir-Perier, fils de l’ancien Président, et la cousine de Julien Benda, deux hommes très proches de Charles Péguy –, Madame Simone donc, dans l’élan d’une amitié amoureuse naissante pour le jeune secrétaire de son mari, Alain-Fournier, manœuvre pour lui trouver un éditeur.

Le 19 avril 1913, elle peut lui apprendre l’entremise de son cousin auprès d’Émile-Paul. Ce dernier éditerait le livre si son auteur était « candidat-désigné » au prix Goncourt... Il serait indispensable que Descaves (membre du Goncourt) en prît connaissance. Péguy s’en chargerait. Cela vous-va-t-il ? lui demande-t-elle. Si oui, laissez faire, sinon… j’arrête tout.

En trouvant un éditeur à son jeune protégé, en lui assurant en même temps un prix, Simone lui donnerait une joie qu’il lui devrait tout à elle. Touché par ce dévouement, Fournier ne lui répondit pas un « non » direct, alors qu’un troisième front venait juste de s’ouvrir : Jacques Rivière, son beau-frère, venait de lui écrire que Jacques Copeau, qui dirigeait alors la jeune N. R. F., lui réclamait avec insistance le Grand Meaulnes et qu’il fallait lui envoyer une copie terminée ou non. Alain-Fournier ne voulant faire nul déplaisir à celle qui s’était si bien investie pour son livre, réserva l’édition à Émile-Paul et se résolut à accepter la proposition de Copeau mais seulement pour une parution en revue… S’ils ne veulent pas, je renoncerai à la publication en revue, répond-il à Rivière.

Le 13 mai, Alain-Fournier se débouclait complètement de la N. R. F., écrivant à Copeau : aujourd’hui l’affaire vient d’être réglée et autrement que j’avais pu l’imaginer un instant. Émile-Paul me prend mon livre, et les circonstances sont telles, comme je vous l’expliquais l’autre jour, que je me suis trouvé lié sans bien l’avoir voulu. Malgré tout, Copeau accepta la restriction éditoriale de Fournier et entreprit dans sa revue, au mois de juillet 1913, la publication du Grand Meaulnes.

Le livre parut en volume chez Émile-Paul 4 mois plus tard. Madame Simone fut récompensée au-delà de ses espérances.