Librairie Pierre Saunier

L'Année terribleL'Année terrible L'Année terribleL'Année terrible L'Année terribleL'Année terrible L'Année terribleL'Année terrible

Hugo (Victor).
L'Année terrible.

Paris, Michel Lévy frères, 1872 ; in-8, demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs, tête or, non rogné, couverture et dos (Alix). 427 pp.

12 000 euros.

Édition originale.

Envoi a. s. : à Théophile Gautier, Victor Hugo.

Durant le siège et la Commune de Paris, Victor Hugo est en Belgique. Bien qu’il ne soit pas favorable à l’insurrection parisienne, il s’insurge vivement contre la répression versaillaise qui s’abat sur les communards – Des bandits ont tué soixante-quatre otages. On réplique en tuant six mille prisonniers – et, dans L’indépendance du 27 mai 1871, exhorte la Belgique à leur accorder l’asile. Le soir même, une foule vient le conspuer et manque de forcer sa maison pour le pendre. Hugo est expulsé du petit royaume et trouve asile au Grand-Duché de Luxembourg – il y reste jusqu’à l’automne et y termine L’Année terrible. Le livre paraît le 27 avril 1872, Théophile Gautier décède le 23 octobre suivant.

Rappelons que c’est sous l’aile de Victor Hugo que le jeune Théophile Gautier devait troquer le pinceau de rapin pour la plume de poète. En février 1830, à l’instigation de Gérard de Nerval, Gautier avait participé frénétiquement à la bataille d’Hernani, chef d’escouade du Petit Cénacle dans le parterre du Théâtre Français : trente campagnes, trente représentations vivement disputées, autant de batailles furieuses – il avait 19 ans, Hugo dix de plus. Qui n’a jamais évoqué depuis, le flamboyant gilet rouge que le Jeune France arborait alors sous son pourpoint en satin cramoisi de dandy romantique ? Pour nous le monde se divisait en flamboyants et en grisâtres, les uns objets de notre amour, les autres de notre aversion… Ces bœufs verront du rouge et entendront des vers de Hugo. 

Toute sa vie, le Maître admira ce Lion : son style est un des meilleurs que nous connaissions, ferme, fin, solide, faisant d’excellents plis, flottant parfois, jamais lâché. Il a l’ampleur et les précisions comme la belle langue du temps de Louis XIII. On sent ses ailes dans sa marche et sa poésie dans sa prose. La poésie ne gêne pas plus le poète quand il écrit en prose que les ailes ne gênent l’oiseau.

A la veille de sa mort, rongé par une accablante maladie de cœur, la dernière chronique dramatique que signa Gautier dans la presse fut pour rendre compte de la reprise de Ruy Blas à l’Odéon, c’était en février 1872 – Hugo l’en remercia d’un tonitruant : Ruy Blas salue le Capitaine Fracasse – et lui proposa de venir se rétablir dans sa maison de Guernesey. En vain.

Moi qui t’ai connu jeune et beau, moi qui t’aimais, / Moi qui, plus d’une fois, dans nos altiers coups d’ailes, / Éperdu, m’appuyais sur ton âme fidèle (…) / Va ! meurs ! la dernière heure est le dernier degré. / Pars, aigle, tu vas voir l’absolu, le réel, le sublime. (…) / Monte, esprit ! Grandis, plane, ouvre tes ailes, va ! (Victor Hugo, Le Tombeau de Théophile Gautier, Alphonse Lemerre 1873) 

Faut-il en rajouter ?

Élégante reliure non signée, attribuable à Alix.