Librairie Pierre Saunier

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Maeterlinck (Maurice).
Serres chaudes. Frontispice et culs-de-lampe par George Minne.

Paris, Léon Vanier, 1889 ; in-12 carré, basane teintée à l'étuve sous cloche de verre, tiède, sinueuse et vaseuse comme une mangrove étouffante, dos à nerfs, non rogné, premier plat de couverture parcheminée conservée (reliure d'époque). 97 pp.

4 800 euros.

Édition originale de ce splendide et envoûtant recueil poétique.

Tirage unique à 155 exemplaires sur Hollande van Gelder, pas d’autre papier.

Envoi a. s. : à Ephraïm Mikhaël, au noble et fier poète que j’admire. Maurice Maeterlinck.

En octobre 1885, jeune étudiant en droit, Maurice Maeterlinck quitte sa Flandre-Orientale et s’installe à Paris avec son ami Grégoire Le Roy – ils viennent y rechercher les secrets de l’éloquence judiciaire, comme ils se justifient auprès des autorités parentales. C’est ainsi qu’ils côtoient la génération symboliste montante, les Darzens, Quillard, Ghil, Merrill, Fontainas, Saint-Paul Roux ou Mikhaël, jeunes condisciples au Lycée Fontanes – ceux-ci ont déjà des échanges de vues avec La Jeune Belgique qui publia les premiers vers de Maeterlinck.

Ensemble, ils fondent La Pléiade, dans laquelle Mooris (Maeterlinck) égraine 6 poèmes des Serres Chaudes (numéro 4, juin 1886) et devisent au Culs-de-bouteille du sieur Pousset, un estaminet montmartrois perdu et minable, mais le dernier royaume de Villiers de l’Isle Adam : ce grand magicien du conte y distille ses dernières ironies que nos apprentis rimailleurs viennent recueillir avec ferveur, formant autour de ce roi provisoirement détrôné une cour idéale et chaleureuse à ses dernières années. Au contact de Villiers – poursuit Maeterlinck – j’ai compris ce que devaient éprouver les Apôtres. Et frère Mikhaël d’ajouter dans une épitre à son condisciple Camille Bloch – les conversations de Villiers, celles d’autrefois, les soirs où il nous racontait chez Pousset tant d’histoires embrouillées, incohérentes et splendides. Tu sais ? Ça ne voulait rien dire et ça nous faisait voir des mondes.

Le monde, Ephraïm Mikhaël le quitte en mai 1890, au soir de ses 23 ans. Il laisse trois petites plaquettes qui suffisent à l’admiration générale : L’Automne, 14 pièces d’une tristesse virulente et incurable, La Fiancée de Corinthe, 3 actes composés avec Bernard Lazare et un Cor fleuri sonnant l’éternel conflit du rêve et de la réalité - à l’annonce de la disparition de Mikhaël,  Remy de Gourmont ajoutera y avoir entendu résonner l’ennui des prédestinés qui sentent obscurément, comme l’eau glacée d’un fleuve gonflé, monter le long de leurs membres les vagues de la mort – comme cela s’accorde si bien aux Serres Chaudes…

Reliure vénéneuse.