Librairie Pierre Saunier

Les hors natureLes hors nature Les hors natureLes hors nature Les hors natureLes hors nature Les hors natureLes hors nature

Rachilde.
Les hors nature. Mœurs contemporaines.

Paris, Société du Mercure de France, 1897 ; fort in-12, bradel demi-percaline violette à coins, marges témoins et couverture conservées (reliure d'époque). 384 pp., 1 f. (A.I.).

3 700 euros.

Édition originale.

Un des 3 exemplaires numérotés sur Japon impérial, seul tirage de tête avant 12 Hollande.

Le meilleur et le plus singulier des livres de Rachilde.

Relié avec une lettre de Remy de Gourmont du 3 avril 1897:

Chère Madame, je viens seulement de lire les Hors Nature que je n'avais fait que parcourir dans le Mercure, en attendant le volume. Vous ête décidément notre seul écrivain romantique: j'ai trouvé l'histoire très curieuse, très hardie et très impossible, ce qui est très bien. Je sous-entends tous les compliments qui vous ont déjà été faits et, en vous félicitant d'un succès que je voudrais encore plus grand, je vous prie d'accepter l'hommage de mes sentiments respectueux. Remy de Gourmont.

Pour nous divertir du sempiternel copier-coller Wikipédia, on se permettra de reproduire un extrait du compte-rendu que fit Mireille Dottin-Orsini à la réédition, en 1994, du livre de Rachilde par Jean de Palacio (éditions Séguier, Bibliothèque décadente).

Le titre du roman de Rachilde Les Hors nature (sans trait d'union), paru en 1897, évoque À Rebours, traditionnellement traduit dans le domaine anglo-saxon par Against nature. Lors de sa publication en feuilleton dans Le Mercure de France, le roman s'intitulait Les Factices... On n'en finirait pas d'énumérer ses affinités ponctuelles avec le roman de Huysmans : descriptions d'appartements ahurissants lambrissés de cristal ou hérissés de statues, quête d'un muguet rosé étranger à la nature, renfermement des héros dans un château isolé dont la décoration se modifie en fonction des humeurs de ses occupants... Mais la ressemblance s'arrête là : le récit de Rachilde, touffu, répétitif, foisonne en tous sens et accumule les scènes paroxystiques (deux incendies dont l'un conclusif, viol et tentatives de viol, bal de l'Opéra avec apparitions byzantines, vengeance féminine criminelle, dévoration d'un paon). Quelques échappées Jules-Verniennes pimentent l'environnement trop attendu : un savant-alchimiste ténébreux joue de l'orgue, un scaphandrier incongru joue les caryatides.

Jean de Palacio, dans une présentation indispensable pour aborder un tel roman, en souligne « l'agglomérat de mythes » et attire l'attention des amateurs sur une scène-clef qui les ravira : celle où le jeune éphèbe caresse des étoffes « avec de singuliers transports », jusqu'à l'extase, sous les yeux horrifiés de sa maîtresse. Il restitue le thème principal (deux frères, l'aîné allemand comme son père, ascétique et brun, le cadet français comme sa mère, byzantin, blond et fille) dans la lignée des Frères Zemganno d'Edmond de Goncourt ; il rappelle très justement le mouvement de « mise au féminin » d'une grammaire fïn-de-siècle qui travestit des figures trop connues en Narcissa, Pygmalionne, Méphistophéla (sans parler de Madame Adonis), et celui de l'inversion, déclinée à tous les niveaux, dans l'identité des frères comme dans leurs inventions, dans les éléments du décor comme dans le traitement des rôles sociaux. Plus intéressant peut-être est ce caractère systématiquement déceptif, cet à peu-près qui rappelle Jean Lorrain, l'alter ego de Rachilde, et vient gauchir chaque tentative de création, plaçant l'œuvre, à l'égal d'À Rebours, entre parodie et célébration, dans un équilibre fragile qui désamorce à l'avance le ricanement.

Ce roman de Rachilde au titre d'anthologie décline sans fatigue ses deux uniques thèmes : l'a rebours et les perversions singulières, avec une prédilection évidente pour un refus du sexe comme nature et un goût pour la non-consommation qui finiraient par transmuer l'œuvre en apologie de l'ascétisme ; ainsi, l'inceste homosexuel qui semble tisser la trame de l'intrigue ne peut que s'abîmer dans les flammes purificatrices et finales d'un incendie (...)

On attend toujours le critique qui tenterait d'expliquer comment et pourquoi cette femme terriblement sérieuse, jusqu'à un âge avancé, n'a pu écrire que sur des sujets dignes de la Psychopathia sexualis, entourée de l'estime pas même étonnée de ses concitoyens.

Très légers frottis épars sur la percaline, très bel exemplaire cependant.

Ex-libris Henri Thuile.