Librairie Pierre Saunier

Ubu enchaîné, précédé de Ubu RoiUbu enchaîné, précédé de Ubu Roi Ubu enchaîné, précédé de Ubu RoiUbu enchaîné, précédé de Ubu Roi

Jarry (Alfred).
Ubu enchaîné, précédé de Ubu Roi.

Paris, Éditions de La revue blanche, 1900 ; in-12, broché. 244 pp., 2 ff. (dont table).

3 700 euros.

Édition originale pour Ubu enchaîné, seconde édition pour Ubu Roi.

Service de presse.

Envoi a. s. : à mon cher Nohain, ces mauvais soldats qui sont (par conséiquant de quoye) de mauvais Français. Alfred Jarry

Rappelons que Franc-Nohain prononce le 24 décembre 1897 le discours d’ouverture du Théâtre des Pantins dans l’atelier spacieux de Claude Terrasse, compositeur des ziques, au 6 rue Ballu, où Jarry tire les fils des marionnettes (modelées par Pierre Bonnard) de son premier Ubu Roi. Nohain y joue une pantomime, Sainte Lustrine, entonne ses Trois chansons à la charcutière, et conclut la représentation d'une trilogie à grand spectacle, Vive la France, composée de trois tableaux hardis, Le Français est brave, Le Français est galant, le Français est spirituel, avec en prologue ces deux impérissables vers auxquels Jarry se réfère dans sa dédicace : La France sera toujours la France / Si les Français sont toujours les Français !

En 1898, Alfred Jarry et Franc-Nohain publièrent de concert leur Répertoire des Pantins, chansons mises en musique par Claude Terrasse, au Mercure de France. Outre Les Trois chansons à la charcutière, Nohain ajouta La Complainte de M. Benoit, Les Paysage de Neige et la Berceuse obscène – avec, pour Jarry, La Marche des Polonais, L’Ouverture d’Ubu Roi et la faramineuse Chanson du Décervelage.

Maurice-Etienne Legrand (1872-1934), alias Franc-Nohain, est un ancien condisciple de Pierre Louÿs, Maurice Quillot et André Gide au lycée Janson-de-Sailly – ensemble ils publient leurs premiers écrits dans l’éphémère Potache Revue qu’ils distribuent alentours. Après une brève carrière d’avocat, Franc-Nohain rejoint le Chat-Noir égrenant dans le journal éponyme ses poèmes amorphes – repris dans les Inattentions et sollicitudes de 1894 (Léon Vanier) et collabore à La revue blanche qui publie ses recueils les plus notoires (Flutes, Les Chansons des trains et des gares, Le Pays de l’instar, etc.). Nohain est très lié avec Claude Terrasse (il lui écrit ses livrets d’opérettes, La Fiancée du Scaphandrier par exemple) et Alfred Jarry avec lesquels il crée le Théâtre des Pantins. Jarry le considère comme l’homme de France le plus doué d’aperçus toujours nouveaux et inépuisables sur la pluie et le beau temps. Jaboune, le fils qu’il aura avec l’illustratrice Marie-Madeleine Dauphin, fille du voisin de Mallarmé à Valvins, sera l’unique filleul d’Alfred Jarry – mais on retiendra surtout que Franc-Nohain est le dédicataire du chapitre L’Ile Amorphe des Gestes et opinions du Docteur Faustroll, une distinction qui vaut bien un amoncellement de rosettes.

Dos bruni.