Librairie Pierre Saunier

Les Mots en liberté futuristesLes Mots en liberté futuristes Les Mots en liberté futuristesLes Mots en liberté futuristes Les Mots en liberté futuristesLes Mots en liberté futuristes Les Mots en liberté futuristesLes Mots en liberté futuristes Les Mots en liberté futuristesLes Mots en liberté futuristes

Marinetti (F. T.).
Les Mots en liberté futuristes.

Milano, Edizioni futuriste si « poésia », 1919 ; in-12, broché – très belle chemise boîte d’Alidor Goy. 107 pp. & 4 fragiles hors-textes dépliants.

2 000 euros.

Édition originale.

Envoi a. s. : à Mme d’Oettingen, avec sympathie, F. T. Marinetti.

Mme D’Oettingen est une plaisante figure protéiforme de la vie parisienne des années 1900, jamais à court d’identités : elle romance sous le pseudonyme de Roch Grey, poétise sous le nom de Léonard Pieux, peint sous celui de François Angiboult et règne, Baronne Hélène d’Oettingen, entre Berthier et Raspail, dame de bon secours de la villa Médicis de la misère.

Fille de la comtesse polonaise Miaczinska, elle émigra de Russie avec le titre et le nom de son mari, une fortune et un cousin (frère de lait, amant ou protecteur, selon les rumeurs) le comte Sergueï Nikolaïevitch Jastrebzoff – alias Serge Férat ou Jean Cérusse, comme indiqué.

A ses hétéronymes s’ajoutent ceux de sa vie romanesque : Princesse Teleschkine, femme assise d’Apollinaire, Yadwiga d’Il Salto vitale d’Ardengo Soffici (le futuriste partage sa vie de 1903 à 1907), fille d’empereur d’Alberto Savinio ou Ange Drosey, la flamboyante égérie immolée aux exigences de l’art des sublimes Naufragés de Paris du comte Piotr Stacoff (manque à Destribat & Kahn). Apollinaire doit à Hélène d’Oettingen la renaissance des Soirées de Paris : il installe même son siège et ses mercredis dans son vaste salon du boulevard Raspail qui a déjà tout l’allure d’un des sommaires de son bi-mensuel iconoclaste : tous les murs étaient couverts de tableaux d’Henri Rousseau, de Picasso, de Braque, de Derain, et sur le marbre de la cheminée une tête de Modigliani – une tête en pierre au sommet d’un très long cou – se dressait à côté d’une statuette cubo-futuriste d’Archipenko. Souvent le soir le salon se peuplait d’écrivains et artistes, amis d’Apollinaire ou des maîtres de maison. Venaient les poètes Max Jacob, Blaise Cendrars, André Salmon, Henry Strentz, René Dalize et d’autres de moindre importance. La Baronne faisait passer des douceurs et des boissons, et animait la compagnie avec sa gaîté désinvolte, son charme féminin qui parait son intelligence vivace, en aristocratique consœur des lettres (Soffici).