Librairie Pierre Saunier

SoiSoi SoiSoi

Adam (Paul).
Soi.

Paris, Tresse & Stock, 1886 ; fort in-12, broché (AlidorGoy). 449 pp.

950 euros.

Édition originale.

Un des 10 exemplaires sur hollande, seul grand papier.

Pour son deuxième livre, Paul Adam s’est affranchi des chancres de la prostitution révélés dans les grises purées de Chair Molle. Avec Soi, annonce-t-il dans sa propre notice rédigée pour le Petit Bottin des Lettres et des Arts, il paraphrase les Évangiles

Une jeune bourgeoise, Marthe Grellou, héroïne antithétique de Chair Molle, aspire à se consacrer à un artiste sérieux qui la couvrirait d’un manteau de renommée. L’affligeante expérience d’un mariage raté décevant ses ambitions, Marthe Grellou s’éveillera progressivement à des esthétiques délicates dans un égotisme rédempteur. Par petites touches successives, comme le ferait un pointilliste, Paul Adam retranscrit les sensations et les perceptions de son héroïne. Comme l’écrit René-Pierre Colin, nous sommes tout près d’une œuvre qui livrera un long monologue intérieur, Les Lauriers sont coupés d’Édouard Dujardin, mais Adam a plus d’ambition encore puisqu’il cherche à révéler non seulement une vision du monde, mais les voluptés du goût, les subtilités des parfums, les conversations entendues, toutes les expériences sensorielles dont se composent les jours.

Peut-être pourrait-on ajouter que son roman se ressent tout particulièrement de l’influence de ses amis peintres, les néo-impressionnistes, que Paul Adam fréquente alors assidûment, notamment chez Robert Caze, et dont il rapporte dans Soi des bribes de conversations – son personnage de Vibrac emprunte d’ailleurs ses traits à Dubois-Pillet et à Signac.

Les derniers chapitres du roman transposent sur le papier la radieuse polychromie de leurs tableaux avec quelques ajouts optiques empruntés à Pissarro et à Seurat.

Bel exemplaire, non coupé.