Librairie Pierre Saunier

Le Malheur d'Henriette GérardLe Malheur d'Henriette Gérard Le Malheur d'Henriette GérardLe Malheur d'Henriette Gérard Le Malheur d'Henriette GérardLe Malheur d'Henriette Gérard Le Malheur d'Henriette GérardLe Malheur d'Henriette Gérard Le Malheur d'Henriette GérardLe Malheur d'Henriette Gérard Le Malheur d'Henriette GérardLe Malheur d'Henriette Gérard

Duranty (Edmond).
Le Malheur d'Henriette Gérard. Avec quatre eaux-fortes d'Alphonse Legros.

Paris, Poulet-Malassis & de Broise, 1861 ; in-12, bradel demi-maroquin brun à coins, non rogné (reliure du XIXe siècle). 366 pp. - non comprises 4 h.-t.

1 200 euros.

Édition originale du premier livre de l’auteur.

Entre 1860 et 1872, Duranty publia trois romans d’une authentique originalité et d’une substance inaltérable. Leur nudité déconcerta une critique et un public entichés de falbalas et d’artifices. Mais il eut, au début, le suffrage de Charles Baudelaire et, à la fin, celui d’Emile Zola qui recrutait alors pour le naturalisme une galerie d’ancêtres où Duranty fut installé à côté de Stendhal. Puis il disparut dans l’oubli (Félix Fénéon).

Des quelques romans et nouvelles qu’il publia, seul Le Malheur d’Henriette Gérard obtint un peu de succès et bénéficia de son vivant – un an avant sa mort – d’une seconde édition. Il faudra attendre les vibrants plaidoyers (Zola, Fénéon, Thibaudet, Paulhan) post-mortem (qui fleurissent selon un cycle de trente années environ depuis la mort de l’écrivain), en 1880, pour que soit réhabilitée une œuvre injustement oubliée et méconnue, et, pour le moins, trop peu considérée dans les circuits de la librairie ancienne – doit-on remarquer que Duranty ne figure pas dans le énième Clouzot ?

Le lecteur qui prendra la peine de lire Duranty, y trouvera sa récompense, ses livres sont bien supérieurs à ceux du maître qu’il se choisit, Champfleury, dont on fait encore cas. Plus que ce dernier, Duranty s’est attaché au réalisme psychologique qu’avait inauguré Stendhal. Comme le remarqueront nombre d’éminents critiques, l’influence exercée par l’auteur de La Chartreuse de Parme sur Duranty, moins directe que celle de Champfleury, semble plus profonde. Barbey d’Aurevilly, qui proclama Le Malheur d’Henriette Gérard le roman le mieux tricoté depuis Madame Bovary, les considérait comme proches parents ; Zola en fit des cousins : C’est un fils immédiat du dix-huitième siècle, auquel il se rattache, comme si les littératures de l’Empire, de la Restauration et de Louis-Philippe n’avaient jamais existé. Sa seule parenté est Stendhal, un cousinage (Zola, le roman contemporain).

Tout comme Stendhal, Duranty fut en avance sur son temps, peut-être est-ce même une des véritables raisons de sa malchance littéraire. A ce titre, citons encore une intéressante remarque extraite d’un article de Paul Morelle au sujet des héroïnes de notre auteur, femmes de tête et de caractère, qu’il compare à Emma Bovary : Henriette Gérard, comme Françoise Duquesnoy, sont des femmes en avance d’un siècle sur la morale de leur temps. Ce sont des femmes d’aujourd’hui. Et c’est ce qui explique que Madame Bovary, femme d’hier, ait été reconnue, hier, comme le miroir fidèle de la femme. Et c’est ce qui justifie que, aujourd’hui, Duranty soit considéré comme un auteur moderne.

Relié à la fin du XIXe dans le style des reliures de Champs.