Librairie Pierre Saunier

Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm)Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm) Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm)Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm) Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm)Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm) Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm)Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm) Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm)Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm)

Duranty (Edmond).
Réalisme. Numéro 1 du Jeudi 10 Juillet 1856, in-folio replié (32 x 49 cm). – Suivi de Réalisme. Du premier numéro, 15 novembre 1856 au sixième numéro, avril-mai 1857.

Paris, De Soye et Bouchet imprimeurs, 1856 - 1857 ; petit in-4, un et six numéros reliés en un volume, bradel pleine percaline de soie brune (reliure d'époque). 4 & 88 pp.

12 000 €

Collection – plus que complète – de cette audacieuse revue d’avant-garde, ultra combative, où furent portées, développées, généralisées, toutes les idées du mouvement réaliste qui seront à la base du naturalisme en littérature et dans la peinture.

Edmond Duranty en fut le fondateur et le principal rédacteur (aux deux tiers) avec la collaboration de Jules Assezat et Henri Thulié.

Notre exemplaire contient le premier Réalisme, sorte de numéro “pilote ”, avec une note manuscrite signée par Duranty : n’ayant pas paru. Ce numéro qui ne fut jamais mis en circulation mesure le double du format adopté ensuite.

Il est absolument rarissime - voire unique.

Duranty reçut le baptême de la Réalité en 1856, à la Brasserie Andler, rue Hautefeuille, véritable sanctuaire du réalisme où gravitait autour de Courbet et de Champfleury toute une bohème d’artistes et d’écrivains : Buchon, Baudelaire, Banville, Monselet, Delvau, Proudhon, Daumier, Corot, Bonvin, Préault, Amand Gautier, Barbara, Desnoyers, Vallès, etc.

Avec son condisciple Assézat, et à frais communs, Duranty imprima le premier Réalisme en juillet 1856. Soumis à Champfleury, le numéro fut âprement discuté en comité restreint : encouragé à revoir sa copie, Duranty en suspendit la publication. Après quelques mois de maturation, le 15 novembre suivant, le nouveau Réalisme paraissait.

Tout bon stratège prélude à une attaque par une préparation d’artillerie. Duranty, totalement inconnu des bataillons, prépara le lancement de son journal en publiant un article de critique explosif qui allait forcer l’attention. Ce fut Les Jeunes que le Figaro avait accepté, on ne sait comment, le 13 novembre précédent. Ne craindre ni amis ni ennemis – ce fut une impitoyable exécution littéraire menée au nom du sacro-saint principe de sincérité, véritable insurrection qui appelait à la destruction du Louvre et bousculait toutes les écoles, nommant, raillant et insultant leurs représentants, les vieux comme les jeunes, avec un sens étonnant de la formule et de la concision. Il ne faut pas discuter avec les aveugles, il faut les faire tomber. Aucune plume, aucune lyre, aucun pinceau n’échappa à l’intransigeance du rédacteur, qui, comme pour prouver son impartialité, s’en prit même aux cousins de la doctrine : Flaubert dut essuyer un éreintement brutal pour sa Bovary, application littéraire du calcul des probabilités et déformation bourgeoise du réalisme.

Le ton était donné, Réalisme balancé. Courbet avait bien essayé de trouver une plume pour ses idées, il eut le maigre Buchon. Champfleury avait initié le jeune Duranty au réalisme, Duranty initia le réalisme.

D’emblée, à vingt-trois ans, celui-ci se révélait un critique particulièrement doué. Il avait sa manière, l’insolence de son diagnostic (Céard). Ils étaient les critiques précurseurs, parlant les premiers avec une hauteur superbe, les mains pleines de vérités (…) ils annonçaient à grand fracas la période nouvelle ; et cela était si audacieux, qu’il y eut contre leur petit journal un déchaînement inouï. Toute la presse littéraire les plaisanta, les foudroya commenta plus tard Zola, obligé du journal dans lequel il puisa à pleines mains son école naturaliste. La célèbre formule du Salon de 1866 : une œuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament est inscrite dès la première page de Réalisme : un Réaliste (…) rend la sensation qu’il éprouve devant les choses, selon la nature, selon son tempérament.

L’hostilité que Duranty provoqua, participa peut-être de sa malchance littéraire. Des quelques romans et nouvelles qu’il publia, seul le Malheur d’Henriette Gérard obtint un peu de succès et bénéficia de son vivant – un an avant sa mort – d’un second tirage. Ses insuccès littéraires, le fameux cela ne se vend pas de Dentu, le détournèrent de la littérature pour l’exercice, en apparence, plus lucratif de la critique d’art.

Zola, devenu son principal appui, lui gagna les faveurs de Charpentier, soutien des impressionnistes. Duranty obtint une place inespérée à la Gazette des beaux-arts qui le soulagea un peu de son impécuniosité chronique.

De 1859 à 1880, il excella dans la critique, le compte-rendu, la chronique, épris exclusivement de modernisme (au point d’avouer lui-même qu’il en était obsédé). Il m’a si souvent instruit sans m’ennuyer – écrit le sagace Hippolyte Babou qui le tenait, après Baudelaire, pour le meilleur critique – il m’a si souvent amusé sans me contraindre à une attention minutieuse et douloureuse ! Que d’articles plaisants et que d’études originales ! (…) Duranty décrit merveilleusement les œuvres d’art : mais il connaît ceux qui les produisent avec leurs ambitions, leurs vanités, leurs jalousies et leurs manies ! Il les aime pourtant, même quand il les raille ; il s’intéresse à leurs tentatives, il encourage leurs espérances, il va jusqu’à souffler sur la cendre de leur foyer, quand le foyer menace de s’éteindre. Ce critique d’art, malgré ses accès de gaieté satirique, est au fond un bon Samaritain.

Familier du Bade, docteur cénacle du Guerbois – berceau de l’impressionnisme dépeint dans La Double vue de Louis Seguin – puis sage Nestor de La Nouvelle-Athènes, causeur tout à fait étonnant quand il consentait à se livrer, et d’une gaité rare et discrète, mais qui ne le cédait en rien à Manet et Degas pour l’ironie caustique (Lorédan Larchey), Duranty y était toujours prompt à la riposte. Ce n’est pas sans raison qu’il figure dans l’Hommage à Delacroix de son ami Fantin-Latour, aux côtés de ses deux commensaux des lettres, Baudelaire et Champfleury, parmi les contestés de la peinture, Manet, Whistler, Legros, et Fantin himself – ce peloton des refusés de 63 que Duranty allait saluer en 1876 dans sa Nouvelle Peinture.

Cette brochure, publiée à l’occasion de la seconde exposition du groupe impressionniste, est le manifeste du mouvement. Duranty fut en tous cas son plus perspicace commentateur et le premier critique à rendre compte clairement de ses découvertes dans les domaines de la lumière et de la couleur, ce qu’aucun défenseur de l’impressionnisme ne saura faire aussi bien.

Ses théories réalistes et son mépris de l’académisme furent un des ferments intellectuels qu’exploitèrent Manet et Degas – ce dernier lui voua d’ailleurs une admiration et une amitié sincères, s’inspirant parfois de l’univers sombre et oppressant de ses écrits – ainsi son tableau Intérieur (intitulé ensuite Le Viol), qui renvoie à une scène de brutalité conjugale des Combats de Françoise du Quesnoy que Duranty publia en feuilleton et que le peintre voulu même illustrer.

En revanche, Manet lui disputa souvent le leadership, admirant certes son indépendance d’esprit mais trébuchant facilement à ses réparties. En 1870, prenant prétexte d’un article de Vallès publié dans La Rue, Manet, qui reprochait en fait à Duranty de ne pas avoir suffisamment commenté ses tableaux exposés au cercle des Mirlitons, le provoqua en duel. Les deux hommes se battirent et se réconcilièrent aussitôt, ce qui leur valut cette scie lancée par leur entourage : Manet, Duranty sont deux gars / Qui font une admirable paire / L’Institut qui les vitupère / Les méprise autant que Degas / Parce qu’ils font des becs de gaz.

Dans ses nouvelles, plus facilement monnayables à la presse, Duranty a évoqué l’atmosphère des luttes impressionnistes, notamment dans Le peintre Louis Martin, publiée dans Les séductions du chevalier Navoni et reprise dans Le Pays des arts, nouvelle où apparaissent Cézanne, Manet, Caillebotte et Degas.

Duranty mourut le 8 avril 1880 à la maison Dubois, maison spécialisée dans l’artiste démuni, et fut enseveli une première fois dans le sinistre cimetière de Cayenne où les sifflets des trains de marchandises lui apportaient les bruits de la vie moderne qu’il avait tant aimée.

Son ami Degas, exécuteur testamentaire, organisa la vente de ses livres et tableaux. Zola, qui n’avait prononcé aucune parole sur la fosse, rédigea pour le catalogue une émouvante préface. Par souscription sa dépouille obtint en 1885 une concession au Père-Lachaise, à cent mètres de Balzac. Duranty quitta les chemins de fer. Il eut, comme Manet trois ans plus tard, une belle presse.

Probablement l'exemplaire de Duranty, ou peut-être celui de Champfleury - du fait surtout qu'il contient l'introuvable numéro pilote...  tout simplement.

Des rousseurs, plus prononcées vers la fin.