Librairie Pierre Saunier

Le Crapaud. Roman espagnol. 1823Le Crapaud. Roman espagnol. 1823 Le Crapaud. Roman espagnol. 1823Le Crapaud. Roman espagnol. 1823 Le Crapaud. Roman espagnol. 1823Le Crapaud. Roman espagnol. 1823

Davin (Félix).
Le Crapaud. Roman espagnol. 1823.

Paris, Mame-Delaunay, libraire, (1832) ; 2 volumes in-8, bradel pleine percaline rouille, coiffes pincées, non rogné. 2 ff., 392 pp. & 2 ff., 399 pp.

1 000 euros.

Édition originale, fort rare, de ce remarquable roman frénétique, publié sans nom d'auteur - 2 vignettes de Becœur gravées par Porret et Sophie R sur les titres.

Né à Saint-Quentin en 1807, mort en 1836, Félix Davin débuta à 18 ans par quelques poésies mélancoliques et par un sombre roman frénétique, Wolfthurn ou La Tour des loups, écrit avec un pays, Henri Martin (futur historien). Dans la même veine, Davin écrivit son Crapaud, tragique histoire d’amour inspirée de la légende d’Anna-la-Blanche.

Anna est une nonne de grande beauté que tous les hommes alentour aimeraient bien posséder. Un beau gars donc, travesti en religieuse, s’introduit dans le couvent, prononce les vœux d’une novice, se lie avec Anna et gagne sa confiance. Une nuit où il lui déclare sa flamme, Anna le poignarde. Ce geste funeste, loin de délivrer cette dernière, lui révèle combien elle aimait sa victime. Mais l’outrage à la religion est vengé, pour récompenser sa fidèle – meurtrière malgré elle – la Vierge l’anime alors de l’esprit de prophétie qui, depuis, se perpétue dans le couvent. C’est là que commence notre histoire. L’intrigue se répète et se complique particulièrement avec l’arrivée d’un moine lubrique, violeur patenté, écœurant de cynisme, qui fréquente l’établissement pour satisfaire sa libido. La bête en rut ou le saint homme, c’est selon, a senti le trouble de la sœur, flairé sa sensualité exacerbée par le désir inassouvi, désir qui romprait bien des vœux si… Oh mes lectrices ! ....

La fin du Crapaud préfigure le dénouement du Roman pour les cuisinières, où seules les dernières pages abordent la recette des cailles à la clémentine qui donne le sens au titre du livre. Les plumes doivent rester adhérentes au caramel – donc vous servez sous cloche pour ne rien perdre de la chaleur ni de l’arôme de ce savoureux magistère. Ainsi, l’œil attentif et la bave inondante, notre crapaud veille-t-il à délivrer les sœurs de l’indigne ministère…

Tant d’émotions devaient assagir notre talentueux et frénétique auteur. A l’instar d’un autre ami de jeunesse, Henri Berthoud, Davin entreprit de composer des romans ayant pour cadre la vie de province. Il fit paraître successivement Deux lignes parallèles, Une Séduction, Ce que regrettent les femmes et Un suicide, romans sous-titrés Mœurs du Nord de la France. La démarche littéraire de Davin s’inscrivait tout à fait dans celle du Balzac des Scènes de la vie de province, aussi, fort intéressé par les travaux du jeune écrivain, Balzac lui demanda de composer l’introduction à ses Études de Mœurs au XIXe siècle. Cette pertinente introduction se trouve en liminaire à la première série des Scènes de la vie privée (Madame Charles-Béchet, 1835) – série qui forme avec les Scènes de la vie de province et les Scènes de la vie parisienne le premier essai de la Comédie humaine : 

Qu’il marche donc, qu’il achève son œuvre (…) déjà le public a compris l’importance des Études de mœurs et celle des Études philosophiques. Quand viendra la troisième partie de l’œuvre, les Études analytiques, la critique sera muette devant l’une des plus audacieuses constructions qu’un seul homme ait osé entreprendre.

La mort prématurée de Davin – il avait 29 ans – ne lui permit pas de mener à terme son propre projet littéraire, vaste fresque d’études consacrée aux principales villes du Nord. Il fréquenta les milieux saint-simoniens, collabora au Figaro et fonda, dans sa ville natale, Le Guetteur, un journal dont l’essor fut comparable à celui de La Gazette de Cambrai, dirigée par son ami Samuel-Henry Berthoud.

Très bel exemplaire.