Librairie Pierre Saunier

Catalogue illustré de l’exposition des Arts Incohérents. Année 1884Catalogue illustré de l’exposition des Arts Incohérents. Année 1884 Catalogue illustré de l’exposition des Arts Incohérents. Année 1884Catalogue illustré de l’exposition des Arts Incohérents. Année 1884 Catalogue illustré de l’exposition des Arts Incohérents. Année 1884Catalogue illustré de l’exposition des Arts Incohérents. Année 1884 Catalogue illustré de l’exposition des Arts Incohérents. Année 1884Catalogue illustré de l’exposition des Arts Incohérents. Année 1884

Allais (Alphonse), Auriol (George), Chéret (Jules), Debord (Guy), etc, Goudeau (Émile), Lévy (Jules), Lorin (Georges), Toulouse-Lautrec, Trézenik (Léo), Vivier (Eugène).
Catalogue illustré de l’exposition des Arts Incohérents. Année 1884.

Paris, E. Bernard & Cie, 1884 ; in-8, broché. 8 ff. n. ch. (dont sommaire, deux hors texte photographiques imprimés sur papier rose, avant-propos), 163 pp., XV pp. (souvenir rétrospectif des expositions 1882-1883).

700 euros.

Édition originale.

Faire une exposition de dessins exécutés par des gens qui ne savent pas dessiner tel fut le principe de départ imaginé par l’hydropathe Jules Lévy pour organiser dans la troisième dimension et avec la participation enthousiaste d’une cohorte de farceurs issue des cercles et des cabarets du Paris fin de siècle, une exposition désopilante, excentrique, parodique, caricaturale et fumisterique.

Le projet se réalise à la faveur de l’explosion (c’est un signe) de gaz qui ravage des immeubles de la rue François Miron, le 13 juillet 1882. Comme nous l’apprend Catherine Charpin (Les Arts Incohérents, Préface de Caradec, Syros, 1990), le vice-président du comité de secours, vieille connaissance de notre promoteur incohérent, lui propose de se joindre à sa kermesse de soutien et d’organiser, dans un hangar des Champs-Elysées, son exposition au profit des victimes et sans-abri de la catastrophe. Ce premier balbutiement s’entend si près du Salon officiel, qu’il ravit les populations ébaubies à la dérision de l’art.

Rebelotte en octobre, chez Jules Lévy cette fois. Hénorme succès. Deux mille curieux s’étouffent dans les escaliers étroits qui mènent à sa chambre. « Mort aux poncifs, à nous les jeunes » clame la feuille imprimée, le 1er octobre 1882, par Le Chat Noir en guise de premier catalogue incohérent.

Des dessinateurs professionnels, des peintres, des écrivains, des poètes (trop de monde pour les citer ici) rivalisent de créativité, d’humour, de provocation et de subversion tous azimuts. L’incohérence est d’ores et déjà le royaume du calembour graphique et des support inattendus (Charpin), la presse s’en mêle, allant jusqu’à donner l’investiture à l’Incohérence puisqu’on a bien admis les impressionnistes qui sont des révolutionnaires et des impuissants… L’illustre Gérôme de l’Institut crie à l’anarchisme.

On s’étouffe derechef l’année suivante, galerie Vivienne. L’Incohérence s’institutionnalise et organise des bals faramineux et spectaculaires où se pressent plusieurs milliers de parisiens.

A partir de l’exposition de 1886, Jules Lévy, taxé de spéculation, perd le soutien d’une partie de la presse – notamment Le Courrier français – qui a tourné casaque et l’assaille de critiques. Face à ses détracteurs, il proclame, le 16 avril 1887, la fin officielle et définitive de l’ère incohérente. Mais au bal des funérailles succède le bal de la résurrection qui a lieu le 27 mars 1889.

Parallèlement à L’Exposition Universelle du Champ de Mars, s’ouvre pour cinq mois, et sans but charitable déclaré, une nouvelle exposition incohérente s’affichant aussi universelle que la première. Celle-ci occultant celle-là, le désintérêt de la presse en plus, l’exposition ne renoue pas avec ses précédents succès. Dans le climat nauséabond d’antisémitisme qui commence à reprendre Paris, le bal de 1891 vaut à Lévy les attaques les plus virulentes. Le refrain n’est pas neuf. Presque inaperçue, la dernière exposition a lieu en 1893.

S’ils ne reflètent pas exhaustivement l’ensemble multiforme des productions incohérentes, les catalogues d’expositions offrent un témoignage précieux et savoureux de cette folie douce ô combien explosive. Située entre les Salons caricaturaux de la première moitié du XIXe et l’avènement Dada, l’ère incohérente occupe une indéniable place.

Une fente en cours d'apparition au dos, bel exemplaire cependant.