Librairie Pierre Saunier

La Foire aux PeintresLa Foire aux Peintres La Foire aux PeintresLa Foire aux Peintres La Foire aux PeintresLa Foire aux Peintres

Caze (Robert).
La Foire aux Peintres.

Paris, Vanier (Léon Épinette, imprimeur), 1885 ; plaquette in-12, brochée. 35 pp.

1 800 euros.

Édition originale tirée à 46 exemplaires seulement par Léon Épinette (Léo Trézenik) : 7 Japon, 13 Souris, 13 Absinthe, 13 buvard, 13 papier cuisse de nymphe émue.

Celui-ci : un des 13 sur papier cuisse de nymphe émue, le plus soyeux et désirable évidemment.

Robert Caze est né à Toulouse en 1853. En 1871, interrompant ses études de droit, il est attaché aux Affaires Étrangères du gouvernement insurrectionnel de la Commune de Paris. L’exil le mène à Fribourg, Delémont et Porrentruy. Il obtient la nationalité suisse sous le nom de Robert de Berzieux et un poste de professeur (1875), collabore à différents journaux et publie ses premiers recueils de poésies (Les Poèmes de la Chair, 1873, Hymnes à la vie, 1875, Ritournelles, 1879, Poèmes rustiques, 1880). Après l’amnistie de 1880, il revient se fixer à Paris, collabore à L’Intransigeant, au Voltaire où il est chef de reportage puis au Réveil comme secrétaire de la rédaction. Il est adopté par Lutèce de Léo Trézenik qui édite à très petit nombre ses derniers recueils poétiques (Les Parfums, Les Mots, 1885 & 1886) et La Revue indépendante de Fénéon qui donne à ses nouvelles une large place.

En Belgique, Kistemaeckers publie ses premiers recueils de nouvelles. P.-V. Stock l’édite à Paris, des romans, comme son inoubliable Élève Gendrevin, ou ses petits tableaux parisiens qu’il continue de brosser avec bonheur.

A la consternation générale, il meurt des suites d’un duel avec Charles Vignier en mars 1886.

Écrivain de valeur, très apprécié de Goncourt, ami intime de Huysmans, Caze tient également son propre salon dans son modeste logis, d’abord rue d’Amsterdam puis rue Condorcet – un salon très important où devait se formuler le pointillisme et s’épanouir le néo-impressionnisme, pas moins. S’y mêlait, tous les lundis, entre 1884 et 1886, l’avant-garde du journal Lutèce – berceau du Symbolisme et des tendances nouvelles – Huysmans, Léon Hennique, Paul Alexis, Jean Ajalbert, Régnier, Vielé-Griffin, Paul Adam, Rodolphe Darzens, Félix Fénéon, Jules Vidal, Léo Trézenik, Gustave Kahn… parfois Jules Laforgue ou l’éditeur Pierre-Victor Stock – avec la nouvelle avant-garde des peintres modernes, les Pissarro, Dubois-Pillet, Raffaëlli, Luce, Angrand, Signac et Seurat. Un carrefour de talents en devenir les plus divers, sans étiquette encore, sauf pour le clan des « néo », en train de se rallier à la division des tons…

La Foire aux Peintres est le compte-rendu du Salon de 1885 publié dans 4 numéros de Lutèce, c’est fouetté, galochard, tranché et piquant. Le Salon ? ça… Allons donc ! (…) Pendant deux heures et demie, voir deux douzaines de portraits de brisquards à galons d’or, vingt-cinq dames espagnoles, trente deux positions de Vénus batignollaises accommodées à la sauce antique, cinq cents épisodes de nos gloires nationales, quinze allégories, mille tartines de beurre rance baptisées sujets de genre (...). Caze ne se contente pas de taillader, il sait parfaitement distinguer dans ce fouillis de maculatures la bonne peinture, celle d’un Raffaëlli, d’un Forain, d’un Whistler – Ah ! pouvoir écrire, composer un bouquin comme ce diable de Yankee peint un tableau – d’un Bartholomée ou d’un Puvis de Chavannes… Je suis pour le bon coup de poing ou la franche admiration. Lorsque Vallès a hurlé « Vieux Dante, tu t’appelles Durand. Vieil Homère ! aux Quinze-Vingts ! » il a plus fait que le sieur Brunetière qui mouille de copie les bas endroits de la maison Buloz.

Ex-libris manuscrit d’Alexandre Tausserat (1858-1921), journaliste et écrivain, fervent lecteur de Lutèce - pour sûr !

Bel exemplaire, très rare.