Librairie Pierre Saunier

Melmoth ou L’Homme errantMelmoth ou L’Homme errant Melmoth ou L’Homme errantMelmoth ou L’Homme errant

Maturin (Charles Robert).
Melmoth ou L’Homme errant. Traduit librement de l’anglais par Jean Cohen.

Paris, Chez G. C. Hubert, libraire, 1821 ; 6 volumes in-12, demi-veau fauve, dos lisses ornés, étiquettes de titre et tomaison de maroquin vert, tranches marbrées (reliure d'époque). Faux-titre, titre, 213, 250, 274, 231, 291, 330 pp.

15 000 €

L'exemplaire du célèbre et fameux catalogue Romans noirs, Hommage au merveilleux (1952) de Marc Loliée - décrit sous le numéro 341 (il est également reproduit au second plat de couverture du catalogue) :

Édition originale française, presque introuvable surtout dans la jolie condition où elle se trouve (éd. anglaise en 1820) de ce célèbre roman noir dont l'imagination frénétique atteignit un degré qui ne fut égalé que par le Moine de Lewis et qui exerça une influence énorme sur la littérature fantastique française. Le terrible Melmoth, personnage mystérieux et imposant dont les yeux "étaient de ceux que l'on voudrait n'avoir jamais vu et qu'il est impossible d'oublier" (TI, p.42) fait un marché avec l'esprit de son prochain. Il eut un succès énorme. "Ce roman dit la New Monthly Review, à sa parution, est le plus hardi, le plus extravagant et le plus puissant de tous les romans de son auteur". (Marc Loliée).

Bien supérieur au livre de Lewis (selon nous), Melmoth est l’apogée du Roman Noir. Il eut une influence considérable sur la jeunesse romantique, sur Balzac qui déclarait que Melmoth était égal et par endroits supérieur au Faust de Goethe – sans la moindre vergogne, pointe André Breton, il le pille dans « Le Centenaire » (1822) et se montre, par la suite, assez obsédé de son héros pour vouloir l’arracher à son sort dans « Melmoth réconcilié» (1835) –, Victor Hugo s’en inspire pour Han d’Islande, Pétrus Borel s’en approche dans Madame Putiphar, Baudelaire en parle et le loue à diverses reprises… D’ailleurs, en 1865, le poète des Fleurs du mal envisagea de traduire à nouveau cet admirable emblème de la révolte éternelle – même sur la littérature populaire, à travers Dumas et Eugène Sue, Melmoth semble avoir obscurément rayonné. Quant à Lautréamont, qui nomme Maturin « le Compère des Ténèbres », il n’est pas douteux, précise Breton, qu’il a pourvu Maldoror de l’âme même de Melmoth.

Paradoxalement, depuis 1820, l’œuvre ne bénéficia que d’une seule réédition, en 1867, dans une traduction de Maria de Fos. Il faut attendre 1954 pour qu’elle paraisse à nouveau, à l’instigation d’André Breton.

De toutes les personnalités précitées, Breton est l’un de ceux qui firent le plus grand cas du livre de Maturin. La préface exemplaire en témoigne brillamment, et replace l’ouvrage dans une perspective historique qui dépasse amplement le cadre la littérature gothique et frénétique, ouvrant sa fenêtre ogivale sur des préoccupations humaines fondamentales.

Le génie de Maturin est de s’être haussé au seul thème qui fût à la mesure des très grands moyens dont il disposait : le don des « noirs » à jamais plus profonds, qui sont aussi ceux qui permettent les plus éblouissantes réserves de lumière. Il tenait l’éclairage voulu pour appeler à s’y inscrire le problème des problèmes, celui du « mal ». Comme ce problème est de ceux qui rebutent l’esprit de la plupart des hommes, sans doute ne pouvait-il prétendre qu’à une audience clairsemée mais qui le dédommageât, on l’a vu, sous le rapport de la sélection. Au seuil du mystère, au bord de ce « secret profond et inconcevable » qui enveloppe la destinée de Melmoth et par instants lui brûle les lèvres, je ne sais rien de plus merveilleusement suspendu que l’épisode d’Immalie. Jamais l’âme humaine n’avait été prise à une source aussi limpide : l’idée de péché ne saurait même l’effleurer. « L’amour de ces deux êtres, a-t-on pu dire de Melmoth et d’Immalie, ressemble à l’union de l’enfer et du ciel », et, en effet, on touche à plusieurs reprises au moment sublime où une telle union est sur le point de s’accomplir. Ce moment, on le sait, a été guetté par Blake comme par Hugo à la fin de sa vie mais Maturin, pour se porter à sa rencontre, n’a eu besoin que de sonder à l’origine les profondeurs du cœur. Comme nous aimerions moins Immalie sans ce mouvement : « Oh ! oui », répondit-elle en souriant à travers ses larmes, comme une matinée de printemps, « vous devrez m’apprendre à souffrir, et je serai bientôt préparée à entrer dans votre monde, mais j’aime mieux pleurer sur vous que sourire sur des roses. »

On n'échappe pas à l’envoûtement de Melmoth...

Menus défauts d'usage, très bel exemplaire cependant.