Librairie Pierre Saunier

Monsieur Vénus. Préface de Maurice BarrèsMonsieur Vénus. Préface de Maurice Barrès Monsieur Vénus. Préface de Maurice BarrèsMonsieur Vénus. Préface de Maurice Barrès Monsieur Vénus. Préface de Maurice BarrèsMonsieur Vénus. Préface de Maurice Barrès Monsieur Vénus. Préface de Maurice BarrèsMonsieur Vénus. Préface de Maurice Barrès

Rachilde.
Monsieur Vénus. Préface de Maurice Barrès.

Paris, Félix Brossier & Léon Genonceaux, 1889 - 1890 ; in-12, demi-maroquin vert, dos lisse orné, tête or, non rogné, premier plat de couverture illustrée conservé. XXII pp., 1 f. n. ch. (dédicace à Léo d'Orfer), 260 pp.

950 €

Envoi a. s. : à la très belle Berthe Bady, l'éternelle Salomé, son très ami Rachilde. 

Seconde édition publiée par Félix Brossier, en 1889, avec une préface originale de Maurice Barrès - remise en vente en 1890  par le sulfureux éditeur Léon Genonceaux sous une nouvelle couverture de Gambérini.

Illustration ambiguë, scabreuse et aguicheuse, dont Genonceaux était coutumier : on ne sait pas s’il s’agit d’une femme ou d’un homme, la chemise ouverte montrant une poitrine nue… 

Rachilde s’émut de cette couverture. Nous avions eu jadis une lettre de Rachilde à Camille de Sainte-Croix, chroniqueur à La Bataille littéraire, à ce sujet : Puisque vous ne craignez pas, Monsieur, de jeter, de temps en temps, quelques bonnes vérités dans la grande presse par la voie de La Bataille Littéraire, pensez donc, un jour ou l’autre, à discuter sur l’inutilité des couvertures illustrées qui sont généralement de mauvais goût et ne servent, le plus souvent, qu’à éloigner le public délicat des œuvres déjà mises à l’index par trop de journalistes. Les éditeurs ont décidément un bandeau sur les yeux car les plus intelligents (de ce nombre est M. Genonceaux) propagent les bigarrures maladroites sans nul effroi. Preuve à l’appui le nouveau M. Vénus, que j’ai l’honneur de vous adresser. Votre respectueux confrère. Rachilde.

Camille de Sainte-Croix s’exécuta dans La Bataille littéraire du 15 juin 1890. Après avoir rappelé les brillants états de service de la maison d’éditions à couvertures scabreuses, naguère tenue par Félix Brossier, il s’en prit, sans le nommer, à son successeur, Léon Genonceaux, et le blâma derechef pour l’obscénité de l’illustration de Monsieur Vénus qui exprime brutalement ce qui dans le livre est conté avec une délicatesse autrement perverse, mais mieux enveloppé. Et de dénoncer, incapables (qu’ils sont) de se contenter du gain régulier, le mercantilisme de ces professionnels du livre trop soucieux d’amorcer leurs ventes en alléchant des clients de toutes espèces par le seul appât pornographique.

Outre que ce procédé déloyal exposait l’auteur aux foudres de la justice, il menaçait irrémédiablement l’œuvre publiée. Le pauvre livre, écrit en des instants de fièvre poétique, et qui eût pu être un bijou de bibliothèque galante, devient le crasseux bouquin qui roule sous les bancs des lycées, traîne dans les cantines de régiment, se cache dans le tutu des frêles apprenties et se froisse sous le traversin dans les chambres de petites bonnes. Ainsi se fait l’œuvre de démoralisation. Ainsi le livre est dangereux.

Il y a là une contradiction qui nous échappe surtout quand on connaît le roman de Rachilde… publié ici avec les passages censurés de l’édition Brancart (1884)En tout cas, Genonceaux dut être fortement impressionné par le vibrant réquisitoire de Sainte-Croix tant il est difficile de trouver un exemplaire de cette édition de Monsieur Vénus sous couverture lubrique, alors qu’on le rencontre par ailleurs avec une sobre couverture imprimée en noir sur papier jaune…

Il est fort probable aussi que la police, lorsque l’éditeur fut poursuivi pour les affaires du Reliquaire de Rimbaud, du Tutu de la Princesse Sapho, des couvertures blasphématoires de Jean Larocque et surtout de l’hallucinante illustration du Zé’Boïm de Maurice Souillac (alias Madame Lefèbvre – elle écopa d’un mois de prison pour ce roman saphique) : une femme allongée, après un orgasme solitaire, les seins nus, les jambes à demi écartées, le pubis masqué par une explosion de lumière et l’index pointé en l’air… ce geste obscène auquel ont recours ceux qui tiennent à manifester à leurs congénères leur plus profond mépris – bref, que la police, donc, se soit aussi souciée de saisir le reliquat de cette édition de Monsieur Vénus

La très belle Berthe Bady, actrice renommée, était la compagne de Lugné Poe et la muse du poète Henry Bataille. Aragon a évoqué sa fin misérable et solitaire dans Blanche ou l’oubli. Rachilde eut pour elle un béguin.

Des rousseurs en début de volume, une trace marginale de mouillure en début et en fin – acceptables. L’exemplaire est bien relié.

Rare et davantage avec la couverture illustrée.