Librairie Pierre Saunier

Un CaractèreUn Caractère Un CaractèreUn Caractère Un CaractèreUn Caractère Un CaractèreUn Caractère Un CaractèreUn Caractère

Hennique (Léon).
Un Caractère.

Paris, Tresse & Stock, 1889 ; in-12, cartonnage papier à la bradel, non rogné, couverture et dos conservés (GrégoireLevitzki). 308 pp., 1 f. blanc.

3 800 €

Édition originale.

Un des 15 exemplaires numérotés sur Japon, seul grand papier.

Envoi a. s. : à Philippe Gille, hommage de son bien reconnaissant et bien dévoué Léon Hennique.

Chroniqueur littéraire au Figaro, Philippe Gille avait publié, en 1887, un compte-rendu aussi anodin que sympathique de Pœuf de Léon Hennique. Un Caractère, extraordinaire roman spirite au dénouement impressionnant, dut assurément le déconcerter.

Bien qu’il ne détienne pas la chronique littéraire, Octave Mirbeau obtint de Magnard, directeur du Figaro (pourtant intransigeant sur la répartition des rôles de ses journalistes) qu’il en fasse le compte rendu… mais à une condition : il ne faudra parler du roman d’Hennique qu’incidemment. Ce fut le Manuel du savoir écrire que Mirbeau fit paraître le 11 mai 1889 et qui débutait par ces deux paragraphes : 

Je lisais, ces jours derniers, un fort beau livre : Un Caractère, de M. Léon Hennique. C’est l’histoire d’un gentilhomme né pendant la Révolution, mort de nos jours, d’âme fière, de cœur tendre, de sensibilité délicate, qui conserve, purs de toute pénétration moderne, les croyances de sa jeunesse, les préjugés de sa race, et dont la vie intérieure, troublée, meurtrie, se déroule pathétiquement, à travers le siècle. Du fond du château où l’enferma la douleur, où le retient la hantise de sa femme morte, en pleines joies d’amour, et revivante en lui âme et chair, par la tension continue des regrets, par la mystique hallucination des souvenirs ; du fond de ce château, par lui peuplé de mille richesses des temps disparus, où s’avive son culte, où se fortifie sa fidélité, il voit passer le siècle : les dynasties, les révolutions, les modes, les progrès, les batailles, les œuvres, les hommes. Et tout cela passe, se succède parallèlement à lui, sans que jamais il s’y mêle, sans que rien vienne le distraire de sa solitude, cela passe dans l’effacement, dans le raccourci de choses lointaines, de figures voilées, avec la presque intangibilité des fantômes.

Tel est, dépouillé de ses épisodes essentiels, de ses détails charmants ou douloureux, de sa riche parure d’art, ce très curieux livre. Il représente une somme considérable d’efforts, dénote une peu commune intelligence, l’habitude des pensées graves, des hautes spiritualités, l’amour du grand, du tendre, de l’inconnu, qui est dans la vie. Le style en est délicatement ouvragé, amoureusement ciselé – pas simple, non, mais ramené à l’expression suggestive, au verbe profond – et puissant aussi dans son élégante harmonie, évocateur dans son mystère, inquiétant, parfois. Une œuvre rare, enfin, où sont d’admirables pages, et comme il en paraît peu dans le cours d’une année (…)

Contrairement à ses habitudes, Philippe Gille ne fit pas relier son exemplaire. Il le fut par un bibliophile plus éclairé au début du XXeme siècle. Une lettre, datée en 1906, de Léon Hennique montée dans la reliure de l’exemplaire en témoigne : Cher Monsieur, Vous me dites avoir trouvé mon livre Un Caractère, sur Japon. C’est d’autant plus rare que, si j’ai bonne mémoire, les exemplaires de ce livre, sur le dit Japon, ont été vendus par erreur comme exemplaires ordinaires. Vous voilà renseigné. Bien cordialement votre. Léon Hennique.

Ce qui explique pourquoi on n’avait encore jamais vu de grand papier d’Un Caractère

Bel exemplaire.