Librairie Pierre Saunier

Paul VerlainePaul Verlaine Paul VerlainePaul Verlaine Paul VerlainePaul Verlaine Paul VerlainePaul Verlaine

Morice (Charles).
Paul Verlaine. Portrait frontispice de David Estoppey.

Paris, Léon Vanier, s.d. ; in-12, bradel toile de soie marron décorée d’enfants jouant au cerceau, au cerf-volant ou avec une brouette, pièce de titre de maroquin rouge, non rogné, couverture conservée  (Féchoz). 87 pp., non compris le portrait lithographié sur Chine.

950 €

Édition originale, publiée anonymement, du premier livre de Charles Morice – c’est également le premier livre consacré à Paul Verlaine.

C’est en 1882 à la rédaction de La Nouvelle Rive Gauche (qui devient Lutèce en 1886), le journal fondé par Léo Trézenik, Georges Rall et Charles Morice, que ce dernier rencontre Verlaine. Pour favoriser le retour sur la scène littéraire du poète indésirable, lâché de tous, Morice et Trézenik conçurent une fausse controverse littéraire. Dans un article railleur signé Karl Mohr, Morice écrivait : Paris-Moderne a publié récemment une curieuse poésie de M. Paul Verlaine, intitulée Art Poétique. Le titre est effrayant – mais il n’a que trente-six vers (…) il déplait à M. Verlaine d’être intelligible au commun peuple (…) cet art qu’il rêve, soluble dans l’air, gris, indécis et précis, il ne l’a que trop réalisé et lui seul peut comprendre ce qu’il a voulu faire. J’espère donc qu'il n’aura pas de disciple et que cette poésie n’est pas celle de l’avenir (n°4, 1er décembre 82) la mèche allumée, Trézenik n’avait plus qu’à lancer la spirituelle réponse du charmant auteur des Fêtes Galantes, selon les termes de la rédaction (n°6, 15 décembre 82) qui se concluait ainsi : veuillez agréer monsieur Karl Morh avec mes meilleures sympathies le salut d’un vétéran (un peu taquiné) à votre vaillante escouade.

Le retentissement de l’article de Charles Morice, attirant l’attention sur l’Art Poétique et inaugurant un échange de correspondances publiques, contribua à sortir le poète de l’oubli – un éreintement est toujours une réclame, une apologie presque jamais (Léo Trézenik). Avec ce vétéran – un peu taquiné, la jeune revue venait de s’attacher un prestigieux collaborateur. La publication des Poètes Maudits pouvait commencer...

Relié avec un goût exquis, cet exemplaire appartenait à Jean Ajalbert, un jeune poète de 23 ans… Féchoz (il manque au Fléty) était alors son relieur attitré – le poète dandy lui fit exécuter tout un train de reliure à la bradel avec ces ravissants tissus anglais imprimés de motifs directement inspirés des illustrations de Kate Greenaway.